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Les pires affiches de cinéma censurées


Article singulier aujourd'hui, puisque l'on ne va pas parler de publicité. Ou presque, puisque l'on va parler de cinéma. Le 7ème art a aujourd'hui une multitude d'outils pour promouvoir ses oeuvres, mais l'un des plus efficaces reste l'affiche. Depuis la démocratisation du cinéma, les affiches n'ont cessé de se multiplier, et pour être toujours plus originales elles se veulent de plus en plus provocatrices. Parfois trop, ce qui ne plaît pas du tout aux bureaux de régulation.


Il y a deux jours de cela, un nouveau film a vu ses affiches censurées, le film "Les infidèles". L'autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) a en effet demandé à la société JC Decaux de retirer de ses panneaux les affiches promouvant le film, au titre qu'elles sont "contraires aux règles sur l'image de la personne humaine". En clair, un mélange entre sexisme et humour qui multiplie les plaintes et obligent ces mesures.

En s'attardant un peu plus sur l'histoire du cinéma international, il est intéressant de voir que de très nombreuses affiches se sont retrouvées sous le coup de la censure. Parfois exagérés, d'autres fois légitimes, les retraits ont poussé les créateurs à sortir des affiches alternatives ou à être carrément privés de promotion, cet article va vous en montrer un bon échantillon.



Des affiches censurées qui pourraient empêcher Jean Dujardin d'avoir un Oscar

Érotisme, pornographie, exhibitionnisme : le sexe censuré

La première raison qui pousse les autorités de régulation à agir, est la présence de sexe plus ou moins explicite dans les affiches. En effet, certains réalisateurs n'hésitent pas à approuver des affiches très osées pour "faire le buzz" ou intriguer le public, une stratégie qui conduit souvent à une censure pure et simple.

Au cinéma dès le 7 décembre 2011 en France, "Shame" est un film qui a fait parler de lui. Réalisé par Steeve Mc Queen, on y retrouve une audace sexuelle omniprésente avec des affiches américaines et européennes plutôt réussies. Jusque là tout va bien.



Esthétisme pour un film récompensé

Mais en Hongrie, tout est différent. Par peur de choquer le public américain très puritain, l'équipe de promotion du film a décidé de se faire plaisir dans ce pays, en sortant une campagne qui lui est uniquement réservé. On y voit le titre du film écrit en sperme. Une audace immédiatement condamnée et retirée.





Du sperme, une manière explicite de promouvoir

Autre affiche, le nouvel opus de "Millenium" qui se la joue un peu exhibitionniste. Une tendance qui ne plaît pas, mais alors pas du tout aux autorités américaines qui retirent la campagne. En France aussi, aucune chance de voir cette affiche. D'un point de vue cinématographique, le film est censuré en Inde.




L'affiche censurée et celle autorisée

En 1978 et 1982, sortent en France deux affiches pour deux films différents "Querelle" et "L'Empire de la passion". Inutile de discuter sur le pourquoi de la censure de ces deux affiches. D'un côté, un dur pénis en brique et de l'autre une métaphore plus ou moins fine du sexe féminin, d'un rouge passion et indécent.



"Querelle" : 1978 / "L'Empire de la passion" : 1982

Adepte de la censure, Jean Pierre Mocky a sorti en 1987 et 1989 deux films aux affiches provocantes : "Les saisons du plaisir" et "Il gèle en enfer". Des films à la qualité discutable mais à l'audace certaine, sexes en érection, angelots membrés, poire imagée. Trop c'est trop, les affiches sont retirées.




"Les saisons du plaisir" : 1987 / "'Il gèle en enfer" 1989 

En 1994 sort "Harcèlement" avec Michael Douglas et Demi Moore, un beau casting pour un film à l'affiche exhibitionniste. Une affiche qui sera immédiatement remplacée par une plus soft.


Harcèlement - 1994

Plus récemment, d'autres affiches ont elles aussi été censurées, de manière plus ou moins légitimes. On retrouve en 2002 "The Rules of Attraction" et en 2008 "Zach et Miri font un porno". Deux films aux titres explicites qui jouent sur des affiches osées et innovantes sans pour autant être véritablement choquantes. Malgré cela, les deux campagnes sont retirées même si celle des "lois de l'attraction" a connu un grand succès populaire. Le Kamasutra des peluches étant une brillante idée.

"Les lois de l'attraction" 2002 / "Zack et Miri font un porno" 2008

En 2007, sort le film "Teeth", un film humoristique qui publie une affiche alternative pour promouvoir le film. Une affiche refusée pouvant entraîner des comportements dangereux chez certains spectateurs...


     
L'affiche qui remplace le Kamasutra de peluches en 2002 et Teeth en 2007

Ces différents exemples de censures sont plus ou moins légitimes. Mais parfois, il peut y avoir des retraits abusifs voire inexplicables, à l'image de certains dessins animés pour enfants. On retrouve en tête "La petite Sirène". Qu'y a-t'il de choquant dans cette affiche ? Rien. A part le fait que certains voient dans le château, un phallus dressé. Un détail invisible et qui provoque chez Disney, une refonte totale de l'affiche. Le film Yogi L'Ours a quand a elle dû être changée car certains voient dans cette affiche un coït d'ours...

    
"La Petite Sirène" - "Yogi l'Ours"

Le détail du château phallus

L'affiche qui part en fumée

Autre élément qui ne plaît pas du tout aux autorités de régulation : le tabac et la cigarette. Les affiches l'utilisant sont peu nombreuses mais ont interdiction de paraître avec l'objet du délit. Il faut que la cigarette soit supprimée ou remplacée.

En avril 2009 sort "Coco avant Chanel" avec une Audrey Tautou cigarette à la main. L'affiche qui avait réussi à sortir doit obligatoirement être changée. Une affiche alternative sort, moins... impactante.



Coco avant Chanel - Avril 2009

En 2010, c'est l'affiche de "Gainsbourg vie héroïque" qui doit aussi être modifiée. On supprime la cigarette mais on laisse la fumée sortir de la bouche de l'acteur. En effet, on ne voit plus la cigarette, la publication est permise.



"Gainsbourg, vie héroïque" - 2010

Mais lors de l'exposition de Tati à la Cinémathèque française, on arrive à une situation absurde. Retirer la pipe du protagoniste pour y mettre un moulin à vent... Un comble du ridicule qui pousse les députés à revoir la loi Evin concernant la promotion de film et permet aux affiches de pouvoir laisser les cigarettes. Dans un contexte évidemment très surveillé. Coco retrouve sa cigarette, Gainsbourg sa clope et Tati sa pipe.


Avril - Août 2009 - Exposition Tati

Dès lors la cigarette devient un objet parfois permis et d'autres fois complètement interdit. Millenium 3 en fait les frais, puisqu'elle est refusée cigarette à la bouche.





Millenium 3, interdiction de fumer
Torture, violence, sadisme : vouloir choquer à tout prix

Trois thèmes recouvrant une multitude d'affiches censurées pour différentes raisons. Trop violentes, trop sadiques, trop perverses, les affiches ont pour but de choquer et c'est parfois terriblement réussi.

En 2005 sort "The Road to Guantanamo", un film "choc" aux affiches tout aussi fortes. On y voit un prisonnier de l'armée américaine pendu par les bras, cagoule sur le visage. Une affiche qui crée un fort malaise puisqu'elle sort deux ans après les tortures de la prison d'Abou Grahib par l'armée américaine...

A sujet polémique, affiche polémique

Pour Hostel, on hésite pas à jouer sur une corde sensible qu'est la torture sexuellement sadique. Et le coupage de tête accessoirement. Des campagnes censurées car trop violente et à l'encontre de l'éthique.

 
Une tête en moins... 

Que ce soit pour le premier volet ou le second, on est cru et on montre tout quitte même à mélanger les affiches.

 
Miam miam miam - Hostel de Tarantino

Toujours dans la tendance Film d'horreur, on retrouve "Saw 2". L'affiche de gauche sera censurée aux Etats-Unis mais remplacée par l'affiche de droite. Une curieuse substitution pour une affiche qui se veut "dérangeante".

  
Saw 2 - 2005

Films d'horreur encore et toujours avec "La Coline a des yeux 2" et "Man Bites Dog". Deux films qui ont en point commun : des affiches retirées. (Bah oui, sinon elles ne seraient pas là) En particulier pour "Man Bites Dog" puisque tirer sur un bébé, c'est pas forcément génial pour promouvoir un film.

  
"Man bites Dog" 1992 / "La colline a des yeux 2" 2007 

Plus récemment, "Destination Finale 5" a été censurée en Grande-Bretagne, toujours pour des raisons liées à la violence des actes perpétrés sur l'affiche. Pour "I spit on your grave" la censure est double, puisque liées à l'exhibitionnisme et au sang.

 
"I spit on your grave" 2010 / "Destination finale" 5 2011
Parfois les affiches sont aussi censurées parce qu'elles montrent des actes de violence trop explicites. Par exemple "Bad Lieutenant" flingue à la main en 2008 ou encore "The Texas Chainsaw Massacre" tronçonneuse à la main (moins discret) en 1974.



 
1974 "Massacre à la tronçonneuse" / 2008 "Bad Lieutenant"

En 2010 sort "Dernier Étage, gauche, gauche", un film à la qualité discutable mais qui frôle la censure. On y voit un homme bâillonné dans sa baignoire. L'affiche évite la censure mais écope d'une amende de 10000 euros car elle porte atteinte à l'intégrité physique des huissiers de justice. (Le film traitant de ce métier et l'affiche mettant en avant le héros)

"Dernier Étage gauche, gauche" - 2010 

Politique et religion, des sujets sensibles

Pour finir, d'autres affiches sont censurées parce que liées à la très sensible religion ou à la politique. Celles-ci sont alors retirées et cette censure est très souvent décriée.

Par exemple avec "What a girl wants" en 2003 ou "Taxi to the Dark Side" en 2007.
La première affiche pourtant d'une simplicité extrême n'a pas été censurée mais décriée. En effet, 2003 marque le début de la guerre en Irak par l'Amérique ET la Grande-Bretagne. Cette affiche d'une Américaine faisant le V de la victoire sur fond de gardes anglais n'a pas du tout plu. Résultat, un navet doublé d'une affiche décriée. Dans la même logique "Taxi to the Dark Side" a été critiqué (mais dans une moindre mesure) pour cette affiche mêlant patriotisme et effort de guerre.

 
"What a girl want" 2003 - "Taxi to the Dark Side" 2007

En 1996 sort le film "Larry Flynt" sur le fondateur de "Hustler Magazine" (Concurrent de mauvais goût de Playboy). L'affiche initiale représente l'acteur crucifié sur la culotte de l'actrice. La censure est forte et l'affiche doit être revue. Sort quelques mois plus tard une autre affiche, différente avec un drapeau américain délibérément posé sur la bouche pour critiquer la censure.

 
Le drapeau pour décrier une censure trop forte

En 2001 sort le film "Amen" et son affiche tout aussi célèbre. Non censurée, celle-ci a beaucoup fait parler d'elle en prolongeant la croix catholique à une presque croix gammée. La présence d'un prête et d'un officier nazi n’arrangeant rien. Procès, appels au boycott... rien n'y fait, les associations catholiques perdent leur combat et l'affiche reste telle qu'elle est.

"Amen" 2001 

Pour conclure, il ressort de ce dossier une très forte censure liée au cinéma et ses affiches. Voulant défier le futur spectateur, les équipes et réalisateurs n'hésitent pas à provoquer quitte à aller très loin pour promouvoir leurs films. Parfois ça passe mais d'autres fois les autorités ont obligation d'agir. Comme pour la publicité commerciale, cette communication est très encadrée et arrive à se remettre en question. L'assouplissement de la loi Evin par rapport aux affiches de cinéma en est la plus forte démonstration. En attendant, il ne serait pas étonnant de voir pendant l'année 2012 d'autres campagnes censurées qui pourront alimenter cet article.

David

7 commentaires:

  1. On voit bien que certaines affiches sont censurées pour vraiment pas grand chose et je trouve ça stupide surtout que certaines d'entre elles sont sorti telles quels donc...

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  2. Attention, il y a censure, et censure…

    À lire à ce sujet : http://basilesegalen.blogspot.com/2012/02/les-infideles-et-la-pudeur-en-publicite.html

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  3. Evidemment lu dès sa publication, retwitté et que je conseille ! :)

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  4. Pour Hostel, petite erreur mais rien de grève :
    Le film est d'Eli Roth et non de Quentin Tarantino (qui a dû le produire et très probablement réalisé une minute du film comme pour Sin City).

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  5. Dommage qu'il ne figure pas le cas des affiches d'Underworld 4 retirées des transports marseillais car jugées trop violentes...

    Mais très bon article comme d'hab ! :)

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  6. 1982, Paradis pour tous, un film avec Patrick Dewaere, l'affiche vous rappellera quelque chose! Apparemment elle est passée à travers la censure!
    Trente après, ce style d'affiche est politiquement incorrect. Tout ça n'est qu'hypocrisie! Avis au réalisateur, faites une affiche trash, vous aurez de la publicité gratuite!

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  7. penser que l'affiche interdite des 'Infidèles' aurait pu porter préjudice à Jean Dujardin ? parce qu'il y aurait du sexisme sur l'affiche ? Bien au contraire, en France, exprimer ouvertement le sexisme est un gage de popularité auprès des médias, un chanteur ou un 'artiste' qui vomit sur les femmes, exalte la prostitution, pleurniche sur les violeurs, c'est être médiatisé à coups (oui) sûrs. La censure à l'égard des féministes ou simplement des femmes qui créent est bien plus 'subtile' : elles n'existent tout simplement pas, c'est encore plus simple, on va pas se demander si leur affiche est politiquement correcte comme ça.

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