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Censure et publicité : droit de réponse et libertés


L'article d'aujourd'hui est un article très spécial, un peu moins décalé que d'habitude et emprunt d'une certaine solennité. Partout sur Internet, que ce soit sur les réseaux sociaux, sur les blogs ou sur les sites traditionnels, nous avons tous la chance de pouvoir contribuer à l'évolution d'un média pas comme les autres. Si Internet existe, c'est bien grâce à chacun d'entre nous. Certains sont créateurs de contenus, d'autres sont lecteurs, certains partagent, d'autres publient, nous avons tous une activité qui nous est propre et contribue à faire d'Internet une Agora numérique.


Evidemment tout n'est pas rose mais tant que chacun reste dans le domaine du légal, la liberté d'expression est reine et se doit d'être reine. Mais depuis quelques mois on assiste à un véritable raidissement du Net, les gouvernements, à tort ou à raison, prennent des mesures et ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent lui porter atteinte. Porter aux nues lors des Révolutions Arabes pour son rôle d'accompagnateur et d'amplificateur, Internet devient le coeur de mesures plus ou moins légitimes et qui nuancent plus que jamais la légitimité de la liberté d'expression. Cette fameuse notion, acquise de droit en France et traînée dans la boue ailleurs.

Mais pourquoi un tel speech sur ce média ? Pourquoi, continuer à aborder une thématique déjà largement débattue ? Tout simplement parce que pour la première fois, le blog a été l'objet d'une censure forcée et contrainte. Etant donné qu'il était hors de question de poster une lettre ouverte sur un blog qui se veut divertissant, instructif (un peu) et publicitaire, cet article devient un dossier ouvert : un article qui se veut un véritable droit de réponse et qui reste un dossier par le nombre de publicités qu'il contient.

Si vous avez bonne mémoire et que vous suivez le site depuis un petit bout de temps, vous avez pu lire le 89ème dossier du blog : "La publicité encouragerait-t'elle la sexualisation infantile ?". Un dossier sur une thématique pas forcément simple mais malheureusement bien réelle dans la publicité. Une bonne partie de ce dossier était constituée d'un shooting paru en août 2011 dans le magazine Vogue, scandaleux par sa mise en scène d'une petite fille de 10 ans apprêtée t-elle un mannequin. Jupe très courte, maquillage ostentatoire, bijoux à foison, en clair la mort de l’innocence pour une entrée prématurée dans le monde adulte et ses dérives. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, jusqu'à ce que le 29 mars 2012, je reçois un mail de l'agence Net-Offensive. Ce mail, que je ne peux transmettre dans son intégralité, stipule la suppression pure et simple de toute image ou propos faisant allusion de près ou de loin au nom de la jeune fille en question sous quelque format que ce soit : écrit, audio, vidéo. Une demande clairement stipulée par les deux parents de la jeune fille (que j’appellerai Mlle ***** dans cet article) : Véronika Loubry et Patrick Blondeau.

Je ne vais pas débattre quand aux actes des deux parents de faire poser Mlle ***** dans des positions provocantes à un âge largement discutable. Mais ce qui me semble à la fois honteux et scandaleux, c'est de vouloir presque un an plus tard, effacer toute trace de cet acte sur Internet alors que ces photos ont été reprises sur un échantillon tellement large de blogs que lorsque vous tapez le nom de Mlle ***** sur Google, vous arrivez sur une diversité de sites assez extraordinaire. La véritable peine dans l'histoire, est qu'un blog branché pub et marketing, se retrouve tel un magazine people obligé de supprimer des photos qui n'ont pas été volées mais bel et bien publiées par une institution de la presse et qui se sont logiquement retrouvées sur Internet. Chacun jugera le caractère outrancier de ces photos comme il souhaite et ce n'est pas la question, mais perdre de force sa liberté de publication est très dérangeant.

Alors oui, pour la première fois le blog a dû céder de force à la censure, non pas pour un acte grave mais à cause de parents qui veulent effacer les traces d'un acte passé que tout le monde connait et que tout le monde dénonce. Ce long prologue d'article marque donc la fin d'une tentative de lettre ouverte, décousue de sens mais hautement symbolique, qui explique tant bien que mal, la déception de voir certaines personnes contrôler Internet pour des raisons qu'elles jugent légitimes mais qui bien souvent font suite à des actes pas forcément réfléchis.

Cependant et comme je l'ai annoncé, cet article n'est pas qu'une tentative d'explication, c'est aussi un dossier qui logiquement va traiter de la liberté d'expression. Une valeur lourde de sens, pas toujours respectée, mais qui trouve un véritable écho dans la publicité. On retrouve évidemment au premier plan, les ONG qui avec l'aide de la société civile défendent cette valeur. Quelques rares annonceurs se tentent sur ce segment à haute valeur humanitaire pour faire passer un message.


Les associations



Freedom - Amnesty International

Au premier plan des protagonistes défendant cette thématique, on retrouve les ONG internationales. Qu'elle soit à dimension nationale ou internationale, la liberté d'expression est un enjeu défendu de manière plus ou moins créative. Qu'elle soit matérialisée par les réseaux sociaux ou par la liberté de presse, ce droit de s'exprimer est majeur dans les communications et combats d'ONG transnationales.


     
Christine Okrent et Guillaume Durand, journalistes assassinés


     
Des campagnes fortes, ici avec Emmanuel Chain


Les barbelés d'un simple cahier


     
Y a-t'il liberté d'expression sans liberté de presse ? 


     
Le mot et l'écriture, outils de répression


     
Liberté de la presse - Liberté d'expression 

Compilation Culture Pub des meilleurs spots faisant appel à la liberté de presse

Parmi les ONG les plus actives, on retrouve logiquement Amnesty International et son inconsommable bougie. Plus qu'un combat, une vraie philosophie qu'est la défense de l'expression libre de droit.

"Your signature can change many things" - Amnistia Internacional 

"Your signature can change many things"

Une manière brutale de défendre la liberté lors des JO de Pékin 2008

La liberté d'expression a besoin de votre flamme



Une campagne déclinée en trois visuels

Des affichages ludiques

Les annonceurs commerciaux

Rares sont les annonceurs qui créent leurs campagnes avec un message aussi fort et lourd de sens. Mais certains n'hésitent pas, la plupart des temps des journaux. Les campagnes sont bien réalisées et trouvent un impact suffisant pour faire écho aux campagnes d'ONG.



AOL et sa campagne incitant au débat - La liberté d'expression sur Internet


Rolling Stone Magazine : "Can you kill a word ?"


France 24 et l'impact de la liberté par Twitter


Campagne plébiscitée en plein contexte de Printemps Arabe


Les trois dictateurs déchus par la liberté numérique


Papier Double A - Freedom

Veja Magazine "Tirany VS Freedom"

Alors que conclure de ce dossier très particulier ? Que la censure est de plus en plus présente sur le net, mais qu'en la dénonçant quand on la pense illégitime, elle peut inciter au débat. Même si Internet est un média participatif et rétroactif, il vit grâce à la survie d'une liberté d'expression qu'il faut conserver à tout prix. Cette liberté est défendue corps et âme par certaines ONG et annonceurs qui y voient l'une des bases de toute bonne société. Concernant le blog, cet article est un droit de réponse qui me semble légitime, il ne vise pas à dénigrer les initiateurs de telles mesures, mais d'inciter au débat et surtout à la place de la censure dans la blogosphère. Merci à tous pour vos messages sur la page Facebook du blog et pour vos futurs commentaires et réactions.

David

16 commentaires:

  1. Transformer une lettre ouverte en un véritable dossier comme tu sais les faire, je n'en attendais pas moins de toi !
    On sens que cette contrainte t'as particulièrement touché, en tout cas elle nous a fait nous poser des questions.
    Tu viens de connaître ton premier déboire de bloggeur, tu risques d'en avoir d'autres... Courage, continue à éduquer notre culture général et à nourrir ton blog.

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  2. Un travail toujours aussi riche, tu m'en rendrais presque jaloux David !

    Continues à nous proposer tes dossiers fournis, bien trop rares sont ceux à prendre le temps de la recherche et de l'analyse dans la blogosphère com / mkg francophone !

    Quitte à gêner parfois. L'essentiel est de ne laisser personne indifférent après tout, non ?

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  3. Bravo, vraiment !
    C'est un plaisir de lire tes dossiers. Ta lettre ouverte, et surtout le billet d'hier valent vraiment la peine de prendre quelques minutes pour réfléchir.
    Bon courage pour les futurs billets

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  4. Je suis partagé, pour ma part. Je trouve que beaucoup de sujets se mêlent ici, ce qui me dérange un peu. Il y a une volonté politique de contrôler davantage ce qui se passe sur Internet, sans doute, mais aussi beaucoup de débats, de réactions, face à cela ; il y a la question de la censure en communication qui est souvent plus complexe qu'on ne le croit, comme j'ai essayé de le démontrer ici, concernant la campagne d'affichage pour le film "Les Infidèles" (http://basilesegalen.blogspot.com/2012/02/les-infideles-et-la-pudeur-en-publicite.html) ; il y a enfin l'action individuelle d'un couple de parents contre l'un de tes plus célèbres dossiers. Et ça, c'est scandaleux. :) Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'il faut être vigilant, car Internet mérite notre attention.

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  5. Il est tout de même effarant que des parents faisant preuve d'une telle irresponsabilité en amenant leur fille à poser dans ces postures viennent s'en prendre ensuite à toi. Je te soutiens totalement, on ne se dédouane pas après coup comme ils l'ont fait.
    Continue, et formidable boulot sur ton blog!

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  6. Merci à tous pour ces commentaires, vous êtes vraiment tip top megagroove. Basile S : Agree du tout au tout.

    Et encore merci. Genre vraiment

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  7. Par cette article, tu permet à la vérité de ce mettre sous un nouveau jour, merci.

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  8. Je suis d'autant plus attristé par cette histoire que je me suis rendu compte que la démarche des parents n'étaient même pas fondée sur une tentative de "rattrapage" de la réputation de leur fille.. http://www.programme-tv.net/news/buzz/18489-veronika-loubry-reagit-polemique-fille/

    Vu comment les dits parents réagissaient il y a quelque temps de ça, j'ai du mal à imaginer qu'ils soient d'un coup devenus inquiets pour la réputation de leur fille.. Pour moi c'est juste un moyen de coller des procès aux culs des gens et CONTINUER à gagner des sous sur le dos de leur fille

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  9. J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi il est si scandaleux que les parents de la jeune fille fassent marche arrière et souhaitent supprimer toute trace des photos choquantes de leur enfant.

    Ils ont réalisé leur erreur et souhaitent la corriger, ils n'assument plus. Supprimer ces photos choquantes d'elle revient à la protéger, ce qui est plutôt bien, non? C'est quand même honteux pour Melle ***** d'avoir ce genre de photos qui circule sur le net à une heure où ce média est le plus utilisé par des jeunes, elle en a peut-être déjà souffert.

    Après oui, les photos sont toujours trouvables sur Google mais on ne peut pas tout supprimer d'un coup c'est sûr, surtout du Vogue...

    En fait, si ça avait été une institution de censure qui aurait demandé à ce que le blog supprime les photos de l'article concerné, pour des raisons de pédophilie et compagnie j'aurais trouvé ça totalement ridicule et scandaleux, mais là vu que c'est à la demande des parents de la demoiselle je ne vois pas trop où est le scandale de protéger son image.

    En quoi est-ce vraiment si mal que ça? En quoi est-ce une grosse atteinte à la liberté puisque on n'a pas demandé à supprimer l'article entier mais juste un exemple, par la famille même, pour des raisons privées? (mes questions ne sont pas rhétoriques du tout, j'attends vraiment des réponses car je ne comprends pas le mal ) Est-ce que ça ne peut pas plutôt faire évoluer l'article justement? Ca dissuade, ce genre de bad buzz. Le fait que les photos aient été tellement décriées et reprises sur internet fait que les personnes qui ont accepté les photos reviennent ensuite sur leur décision bien que le mal soit fait. Cela montre qu'internet modifie les comportements, les façons de voir une photo, que peut-être, ces photos ont tellement choqué que maintenant les magazines de mode vont faire plus attention à la sexualisation des photos de mineurs? Ce serait quand même une bonne chose, non?

    J'aurais tendance à dire que oui mais peut-être pas remarque, il y a aussi une volonté artistique dans ces clichés, que ce soit jugé bon ou mauvais goût, ces photos sont extrêmement travaillées. On peut dire aussi du coup que ça porte atteinte à la liberté et aux idées de la photographie dans la presse, non?

    Au final, entre la photographie, la gamine et les médias, qui a le plus de légitimité à faire valoir son droit au détriment des deux autres?

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  10. Ohlala faut vraiment que j'arrête de poster des pavés moi...

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  11. Bon comme on pouvait s'y attendre; la page originelle du dossier est toujours sur un cache de bing [mais pas de google]; dommage pour Monsieur Blondeau et Madame Loubry...

    Noobs fail once more, wut !

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  12. @A.nyong :
    En quoi est-ce vraiment si mal que ça? En quoi est-ce une grosse atteinte à la liberté puisque on n'a pas demandé à supprimer l'article entier mais juste un exemple, par la famille même, pour des raisons privées?
    #au hasard, pcq les parents ne cibleraient que ce blog, confirmant au passage leur stupidité et noobitude du net [cf cache de bing].

    Est-ce que ça ne peut pas plutôt faire évoluer l'article justement?
    #la seule évolution pertinente est de retirer les contenus souhaités par les parents et, bien entendu, de le signaler haut et fort. C'est même un régression. Il découle que les géniteurs souhaitent exposer leur fillette dans vogue mais on ne peut pas en parler sur un blog ?wtf...

    ces photos ont tellement choqué que maintenant les magazines de mode vont faire plus attention à la sexualisation des photos de mineurs?
    le rapport avec le fait de faire chier un unique blogger pubard là-dessus ?

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  13. ou alors c'est une blagounette du premier avril, huhu

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  14. @Anonyme Tu penses vraiment que ce blog est la seule cible de l'agence net-offensive ? Je suis très sceptique là-dessus. Il ne faut pas se victimiser, peut-être n'en entendons-nous pas parler mais il y en a forcément d'autres . Je doute qu'ils se aient pris pour cible un seul site.

    A moins que la véritable raison ne soit pas de protéger l'image de leur fille, mais plutôt un désaccord quant au fait que les photos soient présentées comme sexualisées et provocantes, ce pourquoi ils ont contacté AdTimes. (et du coup mon commentaire précédent ne sert à rien et effectivement, c'est scandaleux que les parents se voilent la face à ce point)
    Mais là encore, dans ce cas, plusieurs sites d'informations et blogs devraient supprimer leurs photos dans les prochains jours ou semaines, vu le scandale que ça a fait. A suivre donc !

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  15. @Simon : As u said buddy...
    @Anonyme et @A.Nyong : Après contact avec l'agence Net Offensive, il s'avère que nous sommes 300 sites grosso modo à devoir modifier nos articles et photos, mais ma modification d'article et cet article n'engagent que mon opinion.
    Certes, on peut penser à une volonté de protéger leur fille ce qui n'est pas mal, mais ce qui est largement criticable est l'attitude de vouloir effacer toute trace de cet évènement sur internet. C'est impossible. Tout simplement. Des médias traditionnels ont repris l'affaire, des sites institutionnels aussi, des rapports gouvernements ont fait suite sur la question de l'hypersexualisation etc...
    Cette suppression demandée des photos est donc une goutte d'eau dans la derflante engendrée et ce qui est regrettable dans la décision de retrait ce n'est pas l'acte mais la manière de le faire. On m'aurait envoyer un communiqué des parents où ces derniers se seraient exprimer de façon claire, ce serait passer très simplement. Mais le faire par une agence d'e-reputation avec des mails impersonnels au possible et des injonctions c'est désolant. En attendant, le retrait est effectué au prix d'une forme de censure qui, comme je le disais, montre un acte irresponsable que l'on justifie plus ou moins bien pour protéger la petite fille et au passage se re-crédibiliser. En attendant, vos avis sont légitimes et je les partage mais je garde cet amer goût d'un retrait forcé et ça, c'est pas cool.

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  16. le problème était que ton blog avait un éclairage critique... et ça, l'esprit critique, ou au moins se poser al question, c'est à dire risquer de contrer le matraquage publicitaire. Remarque, ça montre qu'un blog est puissant (fait peuurrrr). Comme je l'ai déjà constaté en bloggant, on peut se moquer de bcp de choses, on peut tout critiquer même la politique qui est pourtant un des plus sérieux domaines. Mais, la publicité et la communication publicitaire, pourtant vantée pour son humour, son décalage, et sa propension à nous "faire rêver" (n'est ce pas ?) et bien là : Niet ! Pas le droit. D'une manière ou d'une autre, la moindre critique et on est remis-e dans le droit chemin de la pensée conforme.
    Bon courage !

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