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Hugo Chávez, héros de la propagande, monstre pour la publicité


Dossier assez particulier aujourd'hui puisque destiné à une seule personne : Hugo Chávez. L'ancien président en fonction du Venezuela s'est officiellement éteint le 5 mars 2013 des suites d'un long cancer. Ce décès marque la fin de carrière d'un homme politique remarqué qui aura réussi à transformer le Vénézuela par une "Révolution Bolivarienne" et de nombreuses mesures qui se réclament d'un "socialisme du XXIème siècle".


Tour a tour adulé et décrié, Hugo Chávez a entretenu toute sa vie un double profil envers son pays et le reste du monde. Volontairement provocateur, ce dernier a donné au Vénézuela l'image d'un pays dynamique en redressement malgré des prises de positions contestables pour la politique intérieure et extérieure du territoire. Un double profil remarqué que l'on retrouve évidemment... dans la communication.

Au Venezuela, le commandant Chávez plus fort que jamais

En effet, au sein même du Venezuela, Hugo Chávez bénéficiait d'une aura digne de celle d'une divinité. Remettant le pays sur les rails de la croissance et réussissant (entre autre) à faire baisser le chômage, le Venezuela était sous le charme de ce chef de gouvernement alliant populisme et népotisme à la perfection.

Propagande - 2008

Une alliance qui passait par une maîtrise sans faille de la propagande moderne. Evidemment, l'affichage a permis à cette propagande de s'étendre dans tout le pays et de toucher toutes les strates du peuple vénézuelien. Mais même les canaux de communication moderne ont vu l'arrivée de Chávez comme héros immortel au service de son pays. Ainsi, son compte Twitter assénait régulièrement le monde de tweets rassurant sur son état de santé et surtout pour l'amour qu'il portait au Venezuela, son pays.

Un compte pour la gloire du Christ, du pays, de la patrie, de Fidel Castro et du Venezuela

Par l'affichage, la propagande se veut classique : le héros d'un peuple au service de son pays, de ses valeurs et du bolivarisme.


L'image du commandant pour son pays

Chávez et Castro, un amour démonstratif - Propagande 2007

"Message d'amour pour le peuple de mon Vénézuela"
"Dans le socialisme vénézuelien, le peuple a le pouvoir"

Chávez sur les murs

Mais l'année dernière, la propagande d'Hugo Chávez prend un autre virage avec la campagne "Chávez es otro beta". Menée par le collectif "Miranda es otro beta", on y voit un président jeune et urbain, sportif et stylé. Dans une volonté délibérée de rajeunir l'image d'un président vieillissant, le collectif n'a pas hésité a inondé le pays et les réseaux sociaux de ces visuels pour montrer un nouveau président et... attirer les votes des plus jeunes. Même si l'initiative se veut indépendante des campagnes officielles, il est important de souligner que les membres de ce collectif font presque tous parti d'une grande coalition de partis appuyant la réélection d'Hugo Chávez, le "Gran Polo Patriotico".

Chávez a le style

"Chávez abre cancha"


"Chávez, le mien"


"Chávez a le style"


"Nadie le quita lo bailao" 


"Chávez le mien"


Chávez, le grand sportif


Chávez contre les Etats-Unis


Chávez, le grand danseur des rues

Omniprésent dans les médias et dans les consciences, Chávez a réussi à se faire une place dans l'opinion publique vénézuelienne et dans le coeur de tous les habitants de son pays. La propagande étant omniprésente et pleine de bons sentiments, Hugo Chávez se veut libérateur d'un pays incompris qui voit dans son âme un socialisme exacerbé, pour le peuple et seulement pour lui. L'image d'un président aimé de tous, seul rempart face à un monde dominé par le capitalisme. 

Même si cet amour patriotique a été fabriqué et entretenu par un habile exercice de l'image, le peuple vénézuelien dans sa grande majorité aimait véritablement son chef. Un amour encore plus démonstratif depuis que Chávez était publiquement affaibli et malade. 

Dans le reste du  monde, l'image d'un personnage caractériel et critiqué

Mais dans le reste du monde, l'image de Chávez est toute autre. Marquée par ses prises de positions pour Kadhafi, pour l'Iran, pour la Chine, contre les Etats-Unis et contre l’impérialisme américain, Chávez a l'image d'un président qui sait faire parler de lui et dont les propos sont à la limite d'un extrémisme affirmé. Cependant, la publicité occidentale utilise rarement Chávez  Si elle le fait c'est surtout pour surfer sur l'image de ce rebelle assumé à la tête d'un pays qui peut faire faire beaucoup de choses à l'Occident, notamment grâce à ses riches réserves de pétrole. 

Mais lorsqu'il est utilisé, Chávez est critiqué, en particulier par les ONG qui voient en lui  la mort de la liberté de la presse (en 2006, le pays est classé 115e sur 168 par Reporters sans Frontières en matière de liberté de la presse) et des libertés médiatiques fondamentales pour tout état. 

"Un monde si complexe, nécessite une bonne explication"


"Pour comprendre l'histoire complète lisez "El Tiempo""


"I am not a populist, I am a democrat"


"Reporters sans frontières"


"Vos mots peuvent jouer contre vous"


"Avec moins de médias, nos problèmes sont plus importants"


"L'économie simplifiée"


La relation Obama-Chávez revue et corrigée par Benetton

Le festival "Cine Las Americas" qui se moque ouvertement des propos de Chavez

Ainsi, la publicité occidentale quand elle utilise Chávez se veut volontairement provocante pour pouvoir faire passer un message fort : Chávez tue la liberté de la presse, sans liberté de presse pas de bon régime politique. 

Il est donc intéressant de voir dans ce dossier qu'Hugo Chávez est un personnage dual au sein même de la communication. Dans son pays il était le grand réformateur qui revendiquait des prises de positions et des doctrines politiques pour le service du Venezuela et de son peuple. Une image entretenue par un habile art de l'image qui repose sur une double propagande par les médias "anciens" : affichage, télévision, radio mais aussi "modernes" : internet et réseaux sociaux. Une image à l'opposée de celle que véhicule les médias occidentaux qui voient en Chávez un personnage caractériel qui pouvait faire parler de lui dans les grands débats mondiaux mais qui muselaient une presse vénézuelienne faible et impuissante. 

La mort de ce véritable personnage politique va sans doute permettre à son image d'être mystifiée dans son pays comme l'homme qui a permis au Venezuela de s'affirmer et de grandir sur la place internationale et au sein même de ses frontières. Mais en Occident, l'image de Chávez restera celle d'un homme politique caractériel qui aura réussi pendant tout son exercice à détruire la liberté des médias vénézueliens.

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